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Internet : un monde à s’approprier, un outil pour s’approprier le monde

Article JEUNESSE ET VIE ASSOCIATIVE 16/03/2011

Depuis 2006 la DRJSCS développe un programme d’actions d’éducation à Internet et au Web 2.0 : "Internet : un monde à s’approprier, un outil pour s’approprier le monde"

Le développement d’internet, du web 2.0 et des nouveaux modes de communication en réseau interroge le champ de l’éducation populaire à deux titres :

- au titre des démarches qu’il est urgent de mettre en œuvre afin de permettre à tout un chacun et plus particulièrement aux jeunes de s’approprier ce qui s’apparente à un monde, à des mondes : les mondes numériques.
- au titre des usages et des enjeux, créatifs, citoyens, qu’il est urgent d’encourager et de développer.

Un monde à s’approprier

Technique

L’internet est devenu un outil aussi incontournable dans nos vie qu’à pu l’être le téléphone pour les générations de nos parents ou grands-parents. À cette différence près que son seul fonctionnement technique est infiniment plus complexe (tuyaux, flux, modes de transmission de l’information, protocoles de communication, serveurs, navigateurs, moteurs de recherche) lui-même porteur d’enjeux politiques sans précédents (neutralité des réseaux, universalité des protocoles, transparence de l’hébergement, monopoles, protection des données, etc.)

Or il fonctionne pour la plupart d’entre nous comme une boite noire. Qui, quoi, où, pourquoi, comment ? Bien malin celui qui est capable de répondre aujourd’hui à ces questions au sujet d’un outil que chacun utilise quotidiennement et sur lequel tout un chacun ne se prive pas de donner son avis.

Parce qu’elle favorise l’émancipation individuelle et collective, l’appropriation de la culture technique a toujours été un objectif de l’éducation populaire. Elle se pose concernant internet avec une acuité nouvelle.

Usages

L’appréhension des usages dépasse de loin cette seule question technique.
Et ce d’autant plus que la question d’internet a ceci de particuliers et d’assez inédit, que ceux qui le pratiquent intensément abordent ainsi très concrètement un monde dont la réalité est relativement insoupçonnable pour les autres et devient source de fantasmes, de représentations erronées ou tout simplement d’ignorance. Le décalage ainsi créé est loin d’être uniquement générationnel. Il est souvent amplifié par la vision sensationnaliste d’internet relayée par les médias traditionnels ou par le monde de l’éducation traditionnelle qui vivent comme une menace voire comme une remise en question de leurs monopoles, les nouvelles formes d’accès à l’information et aux savoirs.

Même s’il la distinction monde réel/monde virtuel s’avère rapidement erronée pour parler du web 2.0 dans son ensemble - ce qui se pratique sur le net en dehors des vastes espaces du jeu, n’a en effet rien de virtuel - il n’en existe pas moins un monde « en ligne » avec son fonctionnement, ses codes, ses lois, ses principes, ses ressorts mais aussi et surtout avec de formidables enjeux de société (commerciaux, financiers, démocratiques).

Aux débuts de la démocratisation d’internet, ce que l’on a appelé le web 1.0, reproduisait le fonctionnement de la communication traditionnelle. Un contenu était produit par des entreprises, collectivités ou associations en mesure de financer le service de communicants ou possédant en interne les compétences nécessaires, (graphiques ou rédactionnelles) et surtout le langage HTML, dont la maîtrise était alors indispensable à la création d’un site. Les pratiques de la majorité des gens se réduisaient à faire fonctionner sa messagerie et à consulter les pages web de ces sites. Le web 1.0 était descendant, vertical.

Avec l’apparition des échanges peer to peer, avec le développement des Systèmes de gestion de contenu, ouvrant avec toujours plus de fonctionnalités et de facilité d’appropriations des espaces d’expression clé en main, (blogs, sites), avec le développement des plateformes de partage de vidéos et de musiques (you tube, daily motion), avec l’essor des jeux en réseau et l’explosion des réseaux sociaux, le web 2.0 permet à chacun de devenir son propre média et bouleverse les lignes de forces solidement établies dans le champ de la diffusion du savoir, de l’information, de la culture et du pouvoir.

Pour le meilleur comme pour le pire.

Ce n’est pas une raison pour renoncer à encourager le meilleur. C’est l’objectif de l’éducation.

Histoire

Enfin, il est indispensable de transmettre l’histoire d’internet, de son « invention » qui est le résultat de nombreuses découvertes successives, de son développement, de la philosophie, des logiques et des principes qui y ont présidé… cette histoire commence tout juste à être formalisée et à accéder au grand public.
Or elle est fondamentale pour comprendre les enjeux aujourd’hui à l’œuvre et se mobiliser autour de la défense et du développement de ce bien commun que constitue l’Internet et d’un internet citoyen porteur d’éducation populaire.

Un outil pour s’approprier le monde

Si elle vise au développement du sens critique des citoyens, l’éducation populaire, au sens le plus strict et le plus vaste à la fois, éducation peer to peer, se « caractérise par l’auto-apprentissage, la transmission des savoirs et les compétences de pair à pair, d’individu à individu, de groupe à groupe. " Le web 2.0 y participe.

L’apparition de chaque nouveau média a bien sur été porteuse de son lot d’espoirs en la matière : expression du citoyen, développement de son pouvoir d’action et de participation au monde qui l’entoure, promotion et formation de la personne, accès à la connaissance et transformation sociale, expression et création individuelle et collective, développement de l’intelligence collective.

De par sa genèse, de par les principes de neutralité qui président à son fonctionnement, de par son interactivité - le récepteur peut devenir émetteur, producteur, créateur ; de par la façon dont il joue avec un certain nombre de frontières, géographiques, temporelles, sociales, culturelles ; de par les usages collaboratifs et les contre-pouvoirs qui s’y cherchent, Internet porte peut-être cet espoir encore plus que les autres pour plusieurs motifs...

- Le projet humaniste de la naissance d’internet ancrée dans la recherche universitaire sur l’échange des savoirs et des compétences ;
- le principe de liberté du réseau grâce à des protocoles conçus comme une langue universelle (une manière d’esperanto informatique) dans le but de déjouer toute velléités de monopoles commerciaux ;
- l’incroyable aventure collaborative du logiciel libre ;
- l’accessibilité multipliée par dix à des moyens d’expression et de création mêlant texte, images et son ;
- le développement de nouvelles formes de mobilisation citoyenne et de contre-pouvoirs ;
- le développement de médias alternatifs mixant professionnels de l’information et experts civils ;
- la valorisation et les échanges généralisés et horizontaux des savoirs

Cet horizon utopique est mis à mal par tout ce qu’Internet est également à l’opposé de ces espoirs. Les fenêtres collaboratives ouvertes par le 2.0 se referment dans le formatage et le bouclage des réseaux comme dans le développement de nouveaux et préoccupants monopoles (google, facebook), l’exposition à une publicité de plus en plus intelligente, invasive, intrusive menace nos enfants bien plus que les mauvaises rencontres, la surveillance et l’utilisation mercantile de nos données personnelles et de notre vie privée apparentent à la naïveté toute illusion de liberté accrue.

L’éducation populaire 2.0 n’en est pas moins à identifier, décoder, encourager, développer.

Marielle Stinès - conseillère d’éducation populaire et de jeunesse - référente du PEM