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CR_RRSN19 : Synthèse de la journée

Article SPORTS 7/10/2019

Nous n’aurions jamais été aussi proche de la « nature ».

Nous n’aurions jamais été aussi proche de la « nature »
Entre demande urgente de protection et besoin fort de s’en rapprocher, cette proximité exprimée est pourtant des plus indirectes et contradictoire. Car si l’injonction publique « d’agir pour la planète » n’a jamais été aussi forte et médiatisée actuellement, notre action sur la nature, elle aussi, n’a jamais été aussi pressante, et dégradante. Les excès d’une société dont nous sommes les acteurs, et basée sur la production en grand volume de denrées manufacturées, ne peuvent plus être ignorés, tellement ils sont visibles de tous. Dans le court métrage « Man » du jeune illustrateur anglais Steve Cutts, la destruction est partout, et partout où l’Homme passe, la nature, ou du moins ce qu’il en reste, trépasse.

C’est bien de la compréhension de nos pratiques sociales que réside potentiellement des clefs de lecture et d’actions

D’une prise de conscience tardive, de sa publication, la différence entre revendication et indignation, et action, nait probablement de notre capacité à décrire objectivement nos modes de vie par l’intermédiaire d’une focale portée sur nos propres consommations, dont nos consommations sportives et de loisirs font parties. C’est bien de la compréhension de nos pratiques sociales que réside potentiellement des clefs de lecture et d’actions pour tenter de déconstruire un savoir ordinaire marketé à grand coup de peinture verte.

« 46% de la population européenne n’a jamais fait de sport, et 35% n’a a jamais pratiqué d’activité physique, générant un coût direct pour l’Europe de 80 milliards d’euros par an »

Le secteur des sports et loisirs de nature n’échappe pas à ces dynamiques. La sportivisation des loisirs (Bessy, 2002), l’instauration de frontières de plus en plus floues entre sport et tourisme (Bourdeau, 2009), la massification des pratiques sportives auto-organisées, sont autant de dynamiques contemporaines qui renseignent sur les comportements sociétaux actuels. Le désir d’immédiateté, l’instantanéité communicationnelle, la rentabilité à court terme s’installent progressivement dans les rapports humains. Il n’est plus nécessaire de s’associer à d’autres ou de s’organiser collectivement pour accéder à un espace public reconfiguré sous l’effet des réseaux sociaux, facebook en tête (Dubet, 2019). Comme a pu l’exprimer le Pôle Ressources Nationales Sports Nature, la « connexion » s’est installée progressivement au cœur de la vie des plus jeunes, « de plus en plus connectés », ou devrait-on dire « déconnectés » ? Grâce au projet européen « Benefits of outdoor sports for society » (2017-2019), il ressort que « 46% de la population européenne n’a jamais fait de sport, et 35% n’a a jamais pratiqué d’activité physique, générant un coût direct pour l’Europe de 80 milliards d’euros par an ».

Ainsi, et si cette connexion peut-être évidemment mise en cause dans les facteurs contribuant au renforcement de la sédentarité chez les jeunes générations, un premier rôle éducatif des sports de nature émerge ici : inciter à aller dehors !
Et ce sont bien là tous les propos du Réseau Ecole et Nature, et l’initiative Sortir, qui nous rappellent que l’éloignement des Hommes de la nature est croissant, à mesure que les « lieux de nature » diminuent en nombre, et que les distances s’allongent progressivement entre les habitats et les lieux « à fort degré de nature ». Si la demande de nature peut s’exprimer, il demeure en réalité une « peur de la nature », lorsque, loin d’une nature fantasmée ou idéalisée, le sauvage, par essence constitutif de l’idée même de nature, fait surface.

« Faire des pratiquants ordinaires les nouveaux ambassadeurs de l’activité physique et sportive, les mobilités actives comme sport du quotidien »

Un premier rôle éducatif des sports de nature émerge alors ici : inciter, donner envie, faire connaître, par l’intermédiaire d’une pratique éducative et sociale de sensibilisation et d’information.
Et, comme pour aller dehors, il faut se déplacer, quoi de mieux que le vélo pour se rendre à l’école par exemple ? Quoi de mieux également que d’utiliser son vélo pour en sortir ? Quoi de mieux que d’apprendre à devenir acteur de sa propre mobilité, à la force de ses muscles et utiliser donc son vélo comme moyen de locomotion quotidien. Une nouvelle fois, et par l’initiative partenariale présentée par St-Just-Le-Martel (87) et son « école cyclo », c’est bien « de la mobilité à l’activité » que s’exerce ce mouvement de fond de reconnexion des plus jeunes générations à leur environnement de vie, espaces naturels compris. La question du lien entre activité éducative et activité intégrée à un mode de vie est ici posée, et apparaît centrale dans notre capacité à agir concrètement et collectivement.
« Faire des pratiquants ordinaires les nouveaux ambassadeurs de l’activité physique et sportive, les mobilités actives comme sport du quotidien ». Car après aller dehors, et se déplacer, c’est tout l’enjeu de la réappropriation et de la compréhension de son environnement de vie qui est en jeu. La question de la transformation de son support de pratique sportive en un espace de sensibilisation et de formation est ainsi posée par le Parc Naturel Régional Périgord Limousin. Car si la massification des pratiques outdoor, des sports dit de nature, est réelle, la question du respect des espaces traversés est centrale, et celle d’une « éducation au territoire » primordiale. Et puis bien sûr, il s’agit, pour les professeurs du collège de Nay (64), de « donner envie », de partager pour faire connaître, car sans connaissance point de respect. Expérimenter la citoyenneté, apprendre à partager un espace de vie, devenu outil de découverte ou de redécouverte de la vie structurante d’une vallée de moyenne montagne, tels sont les objectifs éducatifs portés par cette classe montagne originale, pour « susciter des vocations, stimuler les imaginaires entrepreneuriaux, tout en faisant découvrir les usages traditionnels des territoires ».

« réapprendre à habiter un espace commun »

Alors, loin des sirènes évènementielles et marketing portées parfois par les sports de nature, quelles capacités détiennent aujourd’hui les structures territoriales d’administration publique afin de se réapproprier une économie et une influence éducative, et non lucrative, sur des pratiquants leur échappant ? C’est peut-être de leur capacité à adapter leur offre à la demande actuelle en termes de sports et loisirs de nature que réside une partie de la réponse.
Si on peut rappeler que « les politiques publiques réduisent certaines inégalités tout en accentuant l’atomisation de la vie sociale et en fin de compte, la concurrence des inégalités » (Dubet, 2019), il est donc essentiel de « sortir du sport » et de son organisation officielle pour appréhender les défis éducatifs dont sont porteurs les sports et loisirs de nature. Un premier travail rigoureux mené auprès des professionnels des sports de nature permettrait par exemple d’approcher les différentes représentations liées à la « nature », pour les comprendre et les accepter, dans l’objectif ensuite de les partager avec objectivité. La construction d’un vocabulaire commun permettrait également de faciliter une appropriation partagée, et surtout, une meilleure compréhension des représentations de chacun des professionnels investis. Car si un rôle majeur des sports de nature pourrait être énoncé, cela serait peut-être celui de « réapprendre à habiter un espace commun », en continuant à partager des repères individuels et collectifs, dans l’objectif de construire un territoire, et de l’habiter, avec respect, ensemble.

Glen Buron, géographie sociale, sociologie du sport, des loisirs et du tourisme.
Université de Pau et des pays de l’Adour. UMR PASSAGES/CNRS/5319